69.

La carrière des faucons tient son nom d’un club qui avait pour habitude de se réunir dans ce vaste espace abandonné afin d’organiser des concours très impressionnants de chasse au faucon : une personne lâche un oiseau d’un endroit caché et le fauconnier libère son rapace qui doit retrouver et capturer le volatile le plus rapidement possible.

L’oiseau de proie s’envole à peine libre, prend de l’altitude, observe les lieux et fond sur sa cible dans un piqué spectaculaire jusqu’à saisir l’oiseau dans ses griffes acérées et le ramène à son maître.

La scène est technique et extrêmement fugace.

Les dimensions de la carrière et son éloignement de la ville en faisaient un emplacement idéal à ce type de show. Un emplacement idéal aussi à l’épreuve que veut organiser David.

Il attend au milieu du plateau creusé il y a des années par d’énormes machines maintenant aux rebus.

Un vent faible agite les cheveux de David tandis qu’il parcourt des yeux l’étendue de la de l’ancienne exploitation, visualisant parfaitement la course.

Un nuage de poussière attire son attention. Deux scooters approchent. Il reconnaît les silhouettes de ses amis.

—               C’est ici ? demande Thomas.

—               Énorme, précise Noah.

Il enlève son casque et sert fort David contre lui.

—               Content de te revoir, lui glisse-t-il au passage.

Thomas fait de même.

—               Salut mon pote, dit-il.

David passe aussitôt aux explications.

—               On va dessiner un cercle et quatre bases sur le cercle. Une base à chaque quart. Un motard partira de chaque base. Il devra rattraper la moto qui est devant lui pour l’éliminer. Le gagnant est le dernier en piste.

Thomas et Noah acquiescent.

—               On s’occupe de l’organisation ? demande Thomas.

—               Non, c’est géré. Vous, vous traquez Judas.

Thomas fait quelques pas sur le terrain. Il évalue les environs, pianote sur son téléphone et revient rejoindre David et Noah.

—               Ça devrait le faire. Je dois pouvoir capter tous les téléphones des environs et détecter les numéros inconnus. Il restera à isoler Judas.

—               Il y aura du monde. Ça vous parait faisable ? demande David.

—               Tu peux compter sur nous.

—               Merci.

—               On te ramène ?

—               Non. Je me débrouille.

—               On te revoit avant ce soir ?

—               Non.

—               Comme tu veux, dit Thomas.

Et il remonte sur son scooter.

—               Tu as un mot à dire aux autres ? ajoute Noah.

—               Non.

—               Julie ?

—               Désolé.

—               Comme tu veux.

Et ils disparaissent dans les pétarades et la poussière.

Davis attend que le silence retombe sur la carrière.

Le ciel est clair, pas de risque de pluie pour la nuit.

Il se passe la main dans les cheveux, les mâchoires crispées, et prend son téléphone.

—               Tu as vérifié pour mon père ?