68.

—               Yep mon frère, quelle bonne surprise !

Le soleil entre par la porte-fenêtre de la chambre d’Élaine et dessine de larges traits sur le parquet jusqu’au lit. David cligne des yeux, ébloui.

Élaine, le sourire aux lèvres, heureuse de le voir, libère ses cheveux et les parfums de la nuit emplissent la pièce.

Elle s’allonge près de lui, habillée.

David se redresse sur un coude et fixe sa sœur. Des ombres appuient le contour de ses paupières, témoins de l’absence de sommeil. Il est frappé par son allure joyeuse.

—               J’ai deux choses à te demander.

Élaine se tourne vers lui, le regard pétillant, s’imaginant probablement que son frère va la questionner sur ses activités nocturnes. Sinon, à quoi bon l’attendre dans son lit ?

Vas-y

—               Est-ce que tu peux organiser une rencontre avec Angelo ?

Elle ne cherche pas à cacher sa surprise.

—               Angelo ?

—               J’ai une revanche à prendre.

Qu’est-ce que tu manigances

—               Dis-moi, répond-elle.

—               Dis-moi quoi ?

—               Pourquoi Angelo ?

—               J’ai besoin de l’affronter une nouvelle fois.

—               Tu lui en veux ?

—               Tu peux faire ça ?

—               OK. Tu sais où ?

—               Oui, dans la carrière des faucons.

—               Et tu prévois ça quand ?

—               Ce soir.

La jeune fille affiche une moue dubitative.

—               Tu ne me laisses pas beaucoup de temps. C’est si pressé que ça ?

—               On n’a plus le temps Élaine…

Elle attrape son téléphone et hésite. Elle observe son frère.

Ses pupilles rétrécissent, telles celles d’un félin.

—               Tu vas faire une connerie.

—               Non.

—               Tu sais que je ne m’en remettrai pas s’il t’arrive quelque chose.

—               Tout va bien se passer.

—               Explique-moi ce que tu comptes faire.

David hésite à son tour.

—               Je ne peux pas. C’est…

—               Entre lui et toi ?

—               On peut dire ça…

—               Et pourquoi je t’aiderais à te tuer ?

—               Je ne vais pas me tuer !

Élaine hausse les épaules.

—               Est-ce que tu penses que tu peux t’arranger pour qu’Angelo croie que l’idée vient de lui ? ajoute-t-il.

—               Ça doit pouvoir se faire.

Il s’installe contre elle pendant qu’elle envoie un message.

—               Merci, dit-il.

—               Je te tiens au courant.

Puis elle s’allonge sur le dos, le regard fixé au plafond. Son visage a perdu tout signe de gaité.

—               Il y a autre chose, ajoute David.

—               Tu me fais peur quand tu parles comme ça, répond-elle d’une voix qui s’est encore assombrie.

—               C’est à propos de Papa.

Élaine ferme les yeux.

—               Plusieurs enfants ont été assassinés. Pour voler leurs reins.

Elle reste muette et il n’aime pas ça.

—               Tu savais, dit-il.

—               Malheureusement…

—               J’ai découvert quelque chose de terrible. Tu te rappelles d’Alban ?

Elle acquiesce.

—               Il est soupçonné d’avoir renversé une petite fille de six ans. Il lui manque les deux reins.

Élaine se redresse d’un coup.

—               Qu’est-ce que tu veux dire ?

—               Alban travaille pour Papa.

—               Et alors ?

—               Que Papa est peut-être mêlé à tout ça…

Livide, elle ouvre la bouche pour protester, mais aucun son ne sort.

—               J’ai besoin de ton avis, poursuit David.

—               Ça n’a aucun sens, parvient enfin à articuler Élaine. C’est pas parce qu’ils se connaissent que…

—               Qu’est-ce qu’on décide ?

—               Qu’est-ce que tu veux faire ? Dénoncer Papa à ta copine flic ?

—               Je voudrais qu’on décide ensemble.

—               Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je n’en sais rien.

Cette fois, c’est tout le corps de la jeune fille qui perd sa vitalité, submergé par le poids de la fatigue et de la lassitude.

—               Tu n’es pas objectif, tu détestes tellement Papa.

—               Ça n’a rien à voir.

—               Tu en es certain ?

La sœur et le frère restent silencieux un long moment.

La maison est calme.

Leur père est parti tôt le matin et leur mère s’est probablement rendue à son association.

Héloïse, sa sœur ainée qu’il croyait décédée quand il était petit

Sa mère qu’il pensait réduite à son rôle servile de maîtresse de maison

Élaine qui se révèle être une experte en organisation d’happening clandestin, probablement avec le pognon de son sugar daddy

Son père possiblement impliqué dans un trafic d’organe mafieux et criminel

Et lui qui confond sa fierté de rejeter sa famille conformiste et son aveuglement impulsif, sa prétendue extra lucidité d’adolescent en colère et sa naïveté idiote.

Que reste-t-il de sa famille

—               Fais ce que tu penses juste de faire… dit alors Élaine d’une voix tellement lasse qu’on la croirait sortie directement des enfers.

Son monde s’effondre-t-il à son tour

Auteur : Matthieu DESHAYES

Médecin depuis 32 ans, j'écris des histoires depuis toujours. Voyager, vivres les milles vies que j'aurais voulu découvrir, me mettre en danger, explorer, expérimenter, palpiter, mourir, aimer, partager. Écrire. Lire.

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