—QUARANTE-SIX—

Camille marche dans la foule qui grossit.

De nombreux commentaires fusent.

Beaucoup d’émotion.

Souvent de la tristesse, de l’interrogation, de l’incompréhension, de la colère.

Parfois des pleurs.

—               Tu fais partie des groupies de DeLaRochette ?

Camille sursaute.

La voix de Simon.

—               On peut dire ça.

Simon acquiesce.

—               C’est un accident terrible.

Camille fixe son collègue.

—               Tu es certain que c’est un accident ? demande-t-elle.

—               Tu veux que ce soit quoi d’autre ?

—               Il semble y avoir un paquet de monde qui pourrait désapprouver ses actions.

—               C’est pas parce qu’on est flic qu’on doit voir le mal partout. Il y a des accidents tous les jours. Et malheureusement, il n’y a pas que des connards qui y passent.

—               N’empêche.

Ils restent un moment à regarder la masse mouvante et émue évoluer sur le parking.

—               Tu gères ?

—               Pour l’instant, c’est calme.

—               Bon.

Simon la connaît par cœur.

—               Vas-y, qu’est-ce que tu veux ?

—               Tu es allé voir la voiture ?

—               Non.

Quand elle a une idée derrière la tête.

—               Je suis venu directement ici. Pour être certain que tout se passe bien.

—               C’est ce qu’il fallait faire.

Elle attend.

Il sait qu’elle n’a pas terminé.

—               Tu sais qui a récupéré la voiture ? finit-elle par lâcher.

—               Le garagiste de permanence.

—               C’est qui ?

—               Faut que j’appelle.

—               Merci.

Simon compose le numéro du Central. Parle un moment.

—               Muller, annonce-t-il placidement.

—               Tiens donc. Notre ami Muller.

Simon a encore des relents de nausée au souvenir des cadavres de chiens en décomposition dans le hangar pourri du garagiste.

—               Je vais aller lui rendre visite. Tu viens avec moi ? lui propose-t-elle.

Simon jette un œil autour de lui, histoire d’évaluer la situation.

—               Ça va bien se passer, le rassure-t-elle.

Il soupire.

—               Tu fais chier Camille.

Il ne va pas la laisser se rendre seule chez ce sale type.

—               On prend ta voiture ?

Simon se gare devant un entrepôt obscur et sinistre.

Un signal lumineux se produit à leur arrivée et un lampadaire s’allume sur un homme trapu en salopette.

Camille et Simon le rejoignent.

Le type n’a pas l’air du tout satisfait d’être encore dérangé, mais il ne moufte pas.

—               Merci de nous recevoir malgré l’heure tardive, lui dit Camille d’une voix douce.

—               J’peux voir vos cartes ? marmonne l’homme.

—               Bien entendu.

Camille ouvre son portefeuille et lui indique le document.

L’homme fait un signe de tête vers Simon.

De mauvaise grâce, celui-ci lui montre sa carte à son tour.

—               Vous regardez trop de séries, grogne-t-il.

Le garagiste hausse les épaules.

—               La voiture est dans un sale état, j’vous préviens. J’sais pas c’que vous espérez.

—               Je voudrais me faire une idée.

—               Vous allez pas être déçue.

Effectivement, la Cayenne est écrasée sur toute la moitié avant et le reste est réduit en un tas de tôle froissée.

Rare de voir des épaves aussi abimées.

Elle est encore sur la remorque du camion dépanneur.

—               Celui qui conduisait doit être sacrément amoché, indique l’homme.

—               Vous allez l’analyser ?

—               Analyser la voiture ? Pour quoi faire ? Elle part demain directement à la ferraille.

—               Vous êtes mécano ?

—               Oui ma bonne dame.

—               Vous pouvez savoir si cette voiture a été sabotée ?

—               C’est impossible à saboter ces bagnoles. C’est bourré d’électronique et ça sonne à la moindre anomalie. Non, faut pas y compter.

—               Ça vous prendrait combien de temps pour jeter un œil ?

—               C’est un sacré boulot.

—               Pour 1 000 euros ?

Le type regarde Camille.

—               En liquide.

Ses yeux s’amincissent.

Comme ceux d’une fouine.

—               C’est pas la procédure, ma bonne dame, vous le savez bien. Il me faut une procuration.

Il a l’air plus futé qu’il n’y parait.

—               1 500.

Cette fois-ci, le garagiste tique.

—               Il faudrait que je voie ça avec mon patron.

—               2 000 et vous me donnez votre avis demain matin.

—               Demain matin ?

—               Vous êtes d’astreinte toute la nuit, non ?

Il allume une cigarette, s’approche de la carcasse, évalue ses chances, tourne autour.

Puis annonce :

—               OK pour 2 000.

—               Mais qu’est ce qui t’a pris ? On a pas le droit de faire ça !

Simon est interloqué.

Interloqué, mais il n’est pas intervenu dans la discussion.

Camille lui en est reconnaissante.

Il n’en revient pourtant pas :

—               Tu vas filer 2 000 euros à cet abruti ? Si ça se trouve, il n’y entrave que dalle !

—               On verra bien.

Simon s’agite.

—               Putain, mais où tu vas dégoter 2 000 balles ?

—               Ça me regarde.

Il s’arrête et la fixe.

—               Tu en fais une affaire personnelle, conclut-il.

Elle ne répond pas, les yeux dans le vague.

—               Tu sais bien qu’on fait toujours des conneries quand on s’implique personnellement.

Ils rejoignent la voiture.

Simon s’installe et attrape violemment le volant.

—               Putain, j’aurais dû m’en douter.

Elle ne demande pas de quoi il parle.

Elle prend place côté passager avec prudence.

—               C’est ce garçon. Hein ? C’est lui ?

Camille se recule.

Simon a le visage déformé par la colère.

—               Arrête, tu me fais peur !

Il lui saisit une main.

—               Mais qu’est-ce que tu lui trouves ? Qu’est-ce qu’il t’a fait pour te mettre dans cet état ?

Ses yeux luisent d’une fièvre animale.

—               Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

Il disjoncte complètement.

—               C’est moi qu’il te faut ! Pas ce gosse de riche minable !

Et il se jette sur elle, dément incontrôlable transformé par la folie.

—               C’est moi que tu veux ! Moi !

Elle est coincée contre la portière. Les mains de Simon lui saisissent la tête et la secouent. Puis descendent sur sa poitrine, arrachent les boutons de sa chemise, déchirent le tissu à la recherche de ses seins et plongent vers ses cuisses.

—               Arrête tout de suite ! hurle Camille. Arrête !

Mais Simon est bien trop fort et se vautre contre elle, l’écrase. Seule une de ses mains est encore libre. Elle n’a pas d’autre choix. Attrape son arme de service dans son sac, un SIG-Sauer SP 2022, lui plante le canon dans le cou.

—               Si tu ne dégages pas immédiatement, je tire, dit-elle simplement.

Simon sent le métal froid enfoncé dans la gorge et s’immobilise.

Camille voit bien qu’il réfléchit.

Soupèse les chances qu’elle bluffe.

Elle ne tirera pas.

Il cherche sa bouche et l’embrasse.

Alors Camille accentue brutalement la pression.

—               Dégage Simon. Je t’assure que je ne plaisante pas.

Ricanements.

Et puis

Le corps de Simon disparaît

Volatilisé

La pression lâche d’un coup.

Camille se redresse

Sort de la voiture

Reprend son souffle et ses esprits.

Remet sommairement de l’ordre dans ses habits

Des cris étouffés lui proviennent un peu plus loin.

Elle s’approche.

L’homme à la salopette a empoigné Simon et le tient fermement immobilisé sur le bitume par une clef de bras.

Elle ne voit qu’une chose

Les yeux exorbités de Simon

Rouges de sang.

–        Qu’est-ce que je fais de ce bâtard ? demande le garagiste d’une voix amusée.

Lien : #épave #expertise #viol #folie #colère #désir

—QUARANTE CINQ—

Julie pose un verre d’eau sur la table basse.

Elle reste debout.

Le regard fixé sur sa mère.

Elle ne sait pas quoi penser.

De cette femme.

Figée, le visage inexpressif, statue de marbre pâle et sans vie, plantée dans le canapé.

Depuis l’annonce de l’accident.

Julie s’attendait à quelque chose comme du soulagement ou de la délivrance. Peut-être même de la joie.

Elle espérait – en tout cas – ne pas voir de tristesse dans l’expression de sa mère.

Elle n’imaginait pas à de la sidération.

Pas un mot, pas un geste.

Depuis deux heures.

Sa mère ne souhaite pas se rendre à l’hôpital.

Tant mieux, car elle se serait battue pour l’en empêcher.

En attendant, la réaction de sa mère la déstabilise.

Elle ne sait pas quoi faire.

Elle tourne en rond.

Ne tient pas en place.

Ne peut pas s’assoir.

Elle se dit qu’elle devrait prendre sa mère dans ses bras, se réconforter mutuellement, se soutenir. Se parler.

Se parler, bordel !

Mais rien. Le corps vide et froid de sa mère la met en colère.

Elle a envie de la frapper.

Pas étonnant que Papa cogne cette gourde !

Cette pensée la foudroie.

Elle se retourne et donne un coup de poing dans une lampe basse. Puis un second. Et un coup de pied qui envoie le luminaire valdinguer de l’autre côté du salon. Prise d’une rage soudaine et totalement incontrôlable, Julie se rue sur les autres lampes, les étagères, les bibliothèques.

Tout y passe, bouquins, bibelot vaisselle déco montres bougies carnets album clefs paniers sacs monnaie documents cahiers photos bijoux jeux papiers imprimante

—               Tu veux un coup de main ?

David.

Sombre.

Les yeux luisants comme des braises.

—               Fais-toi plaisir ! lui lance Julie.

Le déchaînement des forces et des rages entre dans une nouvelle dimension.

Avec des grognements et des cris de victoire, des hurlements et des rires de dément, cette fois, ce sont les tables qui se renversent, les chaises qui volent, les miroirs qui se brisent, les tableaux qui se laminent, lambeaux de couleurs qui pendent en larges plaies béantes, la télévision géante qui rend l’âme sans combattre, éventration électronique impudique, lustres arrachés, baies vitrées impactées.

 Puis, le silence tombe sur le carnage. Lourd. Sans appel.

Julie regarde David.

Elle s’avance vers lui.

Se jette dans ses bras et s’effondre.

Enfin.

Elle sent le corps du jeune homme qui palpite et trésaille. Derniers effets de la tension qui peine à se calmer. Quelles sont les forces qui combattent en lui ? Quel combat mène-t-il ?

Elle ferme les yeux.

Se repose sur le torse de son ami.

Son ami.

Mon cher ami.

David.

Mon David.

Une sensation de soulagement, de relâchement se répand lentement dans son corps.

David s’apaise lui aussi.

Quand elle ouvre les yeux, c’est pour constater que sa mère n’a pas bougé.

Pas un geste.

Malgré le salon sens dessus dessous.

Julie se détache de David, s’approche de sa mère-femme-statue.

Secoue ses mains devant son visage.

Aucune réaction.

—               Elle est comme ça depuis l’accident.

David la regarde de loin, n’osant pas s’avancer.

—               J’en peux plus de te voir comme ça.

La jeune fille prend une profonde inspiration.

Les efforts qu’elle fait pour se contrôler sont tangibles.

—               J’en peux plus ! crie-t-elle alors.

Et elle attrape David par la main.

—               On se tire d’ici !

Ils jaillissent dans la rue.

Comme des Diables.

—               Emmène-moi avec toi ! N’importe où !

Ses yeux sont des opales inquiétantes.

—               Tu es certaine ?

Des diamants lugubres.

David lance la moto.

La nuit est fraiche.

Juste une légère brise.

Ils roulent depuis un moment.

La route est sinueuse et s’élève régulièrement.

Julie ne remarque pas la direction prise.

Perdue dans des sentiments contradictoires.

Détachée toute notion de temps et d’espace.

Elle se laisse faire.

Aller.

À la guise de David.

De la nuit.

Des lumières.

Des voitures garées de chaque côté de la route.

De la musique très forte.

Du monde.

Beaucoup de monde.

D’où ils sortent ?

David sillonne entre les gens, évite les groupes et les voitures.

Il y a aussi plein de motos.

Et des feux illuminent la nuit.

Des rires, des accolades, de l’alcool. À profusion.

Des hommes tatoués, des femmes vêtues de tenues ultra-courtes.

Un décor de cinéma.

Mad Max.

Julie a de la peine à réaliser ce qui se passe autour d’elle.

Ils s’approchent d’un groupe de types en noir.

Et

Elle reconnait Angelo

Non

Elle se raidit

Perd les pédales et manque de se sentir mal

Pourquoi on est venu là ?

Qu’est-ce qui va encore t’arriver ?

Pressentiment

De mort

Plus rien ne sera jamais pareil

NOIR

SILENCE

FIN

#colère #sidéraion #toutcasser #frapper #fuir #nuitnoire

—QUARANTE QUATRE—

La nouvelle secoue toute la ville.

Comme une onde de détresse.

Les femmes sont orphelines.

Dépêche AFP à 20H00 :

« Le Dr DeLaRochette a été très grièvement blessé dans un accident de voiture alors qu’il rentrait à son domicile. Son véhicule a été victime d’une sortie de route dans la descente de la corniche et a fait une chute de plusieurs dizaines de mètres. Le Docteur, connu pour ses positions très en faveur du maintien de l’IVG et dernier médecin à accepter de procéder à ces actes sur la région, a été admis au Centre hospitalier dans un état très grave. »

Hospitalisé en réanimation.

Pronostic vital est engagé.

Choc.

Des groupes de femmes se sont spontanément rassemblés sur le parking de l’hôpital.

Des militantes, des activistes, des femmes ordinaires et anonymes, toutes attachées aux droits de la femme.

Et quelques personnalités.

Assez peu, il faut bien le reconnaître.

En ces temps qui se dessinent crépusculaires pour les libertés, peu ont le courage de s’afficher ouvertement pour la défense de l’IVG. Mais ce n’est que le début de la soirée. Une foule probablement nombreuse va se réunir d’ici peu.

Solenn et Élaine sont présentes.

Discrètes – ce qui n’est pas leur habitude.

Elles cherchent, inquiètes, leur amie. Sans nouvelle de Julie depuis l’annonce de l’accident, elles attendent, sans savoir réellement que faire.

Elles sont venues se mêler aux femmes, sans pourtant partager leur désarroi, au courant de la personnalité cachée du gynécologue.

Toutes les deux ont l’intuition que quelque chose ne tourne pas rond

Ni David ni Julie ne répondent à leur téléphone.

Milla, Noah et Thomas les rejoignent rapidement.

Même Mylène se pointe sur le parking.

Bientôt, toute la classe est rassemblée, la moitié du lycée.

—               Personne n’a vu Julie ? s’écrie Solenn.

Hélas non.

—               David ?

Élaine parvient enfin à parler à son frère sur son portable.

—               Tu es où ? Tu es avec Julie ? Non ? Tu n’es pas au courant ? Le père de Julie. Oui, je sais. Il a eu un accident de voiture. Il est en Réanimation. Je cherche Julie.

—               Il va venir ? demande Milla.

—               Il m’a dit qu’il arrivait.

Une femme observe la scène en retrait.

Les personnes affluent de plus en plus nombreuses.

Il va falloir mobiliser un service de sécurité.

Par expérience, elle sait que le sujet étant particulièrement sensible, les choses peuvent brutalement dégénérer.

Elle laisse le bébé à Simon qui est d’astreinte ce soir.

Elle n’est pas là pour ça.

Elle fume cigarette sur cigarette, mâchonne le coin de ses lèvres, s’arrache le bout des ongles.

La foule devient si dense qu’elle ne peut plus se contenter d’observer de l’intérieur de la voiture. Elle est obligée de sortir et de sillonner entre les gens. Elle reconnaît beaucoup de monde, adresse des sourires, « ah, vous aussi vous êtes venue ! », « c’est formidable de vous rencontrer ici ce soir ! », « merci, nous avons besoin de votre soutien ».

Une pointe d’agacement tremble dans sa voix.

Elle n’est pas là pour ça.

Elle est là pour lui.

Pour voir son visage, déchiffrer l’éclat de son regard.

Le jauger. Face à face.

Elle doit savoir.

Absolument.

Putain, il la rend folle.

Élaine sent une main s’accrocher à son bras.

—               David ! Tu m’as fait peur.

—               Je suis là.

Le jeune homme arbore un sourire sombre.

L’expression de son visage est en décalage total avec le sentiment de tristesse et d’accablement qui règne autour d’eux.

—               Tu as retrouvé Julie.

—               Elle n’est pas avec vous ?

—               Non.

Les traits de David se fige aussitôt.

—               Je croyais que tu étais parti à sa recherche, insiste Élaine.

—               Et moi, je croyais qu’elle était avec vous.

—               Je t’ai dit qu’elle n’était pas là au téléphone.

—               Désolé. Elle va certainement arriver.

David exprime maintenant une vive appréhension.

—               Non, David, elle ne va pas ‘’ certainement arriver ‘’.

Sa sœur lui saisit les deux mains.

—               Tu sais quelque chose, je le vois.

David reste silencieux et impénétrable.

—               Dis-moi !

David se dégage et rejoint Noah.

—               T’as quelque chose à fumer ?

Élaine le rattrape, plante ses yeux dans les siens :

—               David, je dois m’absenter. Promets-moi de trouver Julie. J’ai peur pour elle.

Le regard de sa sœur est sincère.

—               Ok, tu peux compter sur moi.

Elle l’aborde au moment où il se décide à partir.

Il fait un geste de contrariété.

Il ne manquait plus qu’elle.

—               Je savais que je vous trouverais ici.

Elle lui lance un regard perçant.

—               Vous avez mis le temps, mais vous êtes venu.

L’intensité qu’il perçoit, malgré l’obscurité, dans les yeux de la flic, est aiguisée comme une lame. D’une telle puissance qu’il se demande comment il pouvoir y faire face. D’autant que les effets du cannabis ne vont pas l’aider.

—               Qu’est-ce que tu as fait ? lui lance-t-elle d’une voix qui l’éventre.

Elle sent qu’elle a le dessus.

—               Tu sais très bien de quoi je parle, insiste-t-elle.

Elle sait.

Il voit bien qu’elle sait.

Le ton de sa voix se glace.

—               Le Dr DeLaRochette, tu es allé à son cabinet.

—               Oui.

—               Qu’est-ce que tu as fait ?

—               Je suis allé lui dire que c’était un fumier.

—               Dis-moi ce que tu as fait !

Que se passe-t-il à ce moment ?

La voix de Camille devient soudain suppliante.

Ses mains se tordent.

—               Dis-moi ! répète-t-elle.

Et elle recule, semblant ne pas comprendre le changement brutal qui vient de se produire en elle, dépitée devant ce craquage, aveu confus de sa faiblesse.

Elle n’a surtout pas envie de savoir.

David en profite pour disparaitre dans la foule.

Cette femme lit dans son jeu comme dans un livre.

Il va falloir qu’il soit plus prudent.

Bien plus prudent.

Il s’éloigne dans la nuit.

Marche d’un pas rapide.

Il fonce retrouver sa moto.

#accident #hospitaliséenréanimation #où est David ? #où est Julie ?

—QUARANTE-TROIS—

L’interne de chirurgie maxillo-facial examine la mâchoire de JC.

Ce minable joue au mourant.

Le jeune toubib jette un œil à la radio, se gratte le menton.

—        Il va falloir la fixer.

—        La quoi ? gargouille JC.

—        La fixer. Mettre un fixateur.

Ce con manque de s’évanouir.

—        Ça va bien t’aller, ça donne un côté bad-boy. Tes pouffiasses vont en être dingues !

—        Va te faire foutre.

Du bruit s’élève de l’accueil.

Des cris, des menaces.

—        À moi de te filer un conseil d’ami : tu ferais mieux de disparaitre, marmonne Jean-Charles.

—        Pas question, je reste avec toi.

—        J’admire ton courage. Mais je serais toi, je ne ferais pas le malin.

David plisse les yeux, tendu.

Le boucan se rapproche à grande vitesse.

Ouragan qui emporte tout sur son passage.

Œil du cyclone qui va débouler d’une seconde à l’autre.

—        T’es con ou quoi ? Tu ne comprends pas ? Barre-toi !

En un millième de seconde, David quitte le petit box.

Juste à temps pour éviter la bombe qui explose.

—        Nom de Dieu, qu’est-ce que tu fais là ? Qui t’a fait ça ?

Le père de Jean-Charles.

Vociférant.

Rouge.

Transpirant.

Essoufflé.

Bavant, presque.

David détale comme un lapin.

Abandonne cet endroit qui pue la mort.

Sans apercevoir Julie et Solenn qui franchissent les portes des urgences.

David marche.

Pestant de ne pas avoir récupéré sa moto.

Il marche au hasard.

Au hasard ?

Pas certain.

Il sait que ses pas le rapprochent du Commissariat.

Ne te mêle pas de ça.

Ce ne sont pas tes affaires.

Face au bâtiment plein de keufs, il attend, indécis.

Entrer ?

Faire demi-tour ?

Quel élément pourrait le décider ?

L’envie de revoir la flic.

Camille.

Son parfum.

Suave et piquant.

Il hausse les épaules.

Prend le risque.

Se fait indiquer le chemin.

Frappe à la porte entrouverte.

—        Oui ?

Elle est là.

—        David LeTailleur. Que me vaut l’honneur de votre visite ?

David la fixe, tendu, prêt à tourner les talons.

Elle le sent.

Décide de ne pas le provoquer davantage.

—        Asseyez-vous, lui propose-t-elle en lui proposant un fauteuil en face d’elle.

Et puis elle attend, attentive.

Comme il ne dit rien , elle s’avance prudemment.

—        Il s’agit d’Angelo ?

—        Non.

—        Alors, expliquez-moi.

—        C’est…

Il avale une gorgée de salive, sans trop savoir quoi faire.

Puis se lance :

—        C’est le père de Julie.

—        Qui est Julie ?

—        Mon amie. Julie DeLaRochette.

—        La fille du Dr DeLaRochette ? Quelle chance d’avoir un père comme lui.

—        Justement. C’est pas du tout une chance.

Impossible de sortir cette saloperie.

—        Il va falloir que tu m’en dises plus…

—        Ce type est une bête immonde qui frappe sa femme et se fille.

Camille a un geste de surprise.

—        Regardez.

David pose son téléphone sur le bureau. La photo de Julie, un hématome bleu nuit dessinant les contours de son œil droit.

—        C’est son père qui lui a fait ça. Elle s’est interposée pour protéger sa mère.

—        C’est sérieux ce que tu avances.

—        Bien sûr que c’est sérieux, qu’est-ce que vous croyez ?

—        Elles ont porté plainte ?

—        Non elles n’osent pas.

Camille se recule dans son fauteuil sans le quitter des yeux.

Son regard est froid.

—        On ne peut rien si…

David s’emporte :

—        Vous n’avez que ça à bouche, vous les flics : « on ne peut rien faire si elle ne porte pas plainte » ! Il va les tuer si on le laisse faire.

—        Je sais que…

—        Vous ne savez rien. C’est à cause de vous si tant de femmes meurent fracassées par leur mari. Vous ne faites rien.

—        Je comprends ta colère David, mais on ne fait pas rien. Le Dr DeLaRochette est un homme qui compte beaucoup dans la vie publique.

—        Ce cinglé est un malade mental qui défonce sa femme et sa fille.

—        Mon travail est aussi de veiller à ne pas déstabiliser la carrière d’un homme.

—        Parce que ce bâtard est connu, on le laisse faire ?

—        Ce n’est pas tout à fait ça.

—        Vous ne me croyez pas, c’est ça ?

—        Si je te crois. Mais…

David n’en écoute pas davantage.

Il se lève et dévale les escaliers et sort de ce bâtiment pourri.

Hôpital, commissariat, mêmes trous à rats.

Il s’éloigne, ruminant de colère.

Il n’aurait pas dû venir.

Faire confiance à des adultes, mon cul !

Il a tenté de procéder selon les règles.

Je vais faire à mon idée.

Comme j’en ai l’habitude.

Comme toujours.

Allez tous vous faire foutre !

Il peste encore contre l’humanité entière quand il arrive devant l’immeuble.

Il attend l’ascenseur, monte au troisième étage.

Et entre.

—          Je voudrais voir DeLaRochette.

—          Le Dr DeLaRochette ?

Une très jeune secrétaire, en tailleur, maquillée, lunettes fines, chignon.

Très jolie.

—          Je m’exprime mal ?

—          Je… Vous avez rendez-vous ?

—          Non, c’est personnel.

—          Le Dr est très occupé, vous pouvez repasser ?

La secrétaire est de plus en plus mal à l’aise.

—          Non je ne peux pas repasser. Mais puisque vous m’y poussez, je vais vous dire pourquoi je suis là. Le type pour qui vous travaillez est une ignoble brute. Il tabasse sa femme et sa fille.

Et pour preuve, David brandit la photo de Julie.

La secrétaire a un mouvement de recul.

—          Mon Dieu !

La main devant la bouche, elle affirme que jamais, au grand jamais, le Dr ne ferait une chose pareille.

—          Les apparences sont trompeuses, on ne vous l’a jamais dit ? grince David. Vous appelez votre patron ?

—          Je …

Et comme David se dirige vers le bureau de consultation, la secrétaire s’écrie :

—          Une minute, je l’appelle !

David n’entend pas ce qu’elle lui explique, mais DeLaRochette apparait aussitôt, allure massive et impressionnante.

—          Qu’est-ce que tu veux? articule-t-il d’un air désagréable.

David brandit la photo de Julie.

—          Vous ne resterez pas impuni pour ça. Vous ne vous en sortirez pas.

DeLaRochette éclate de rire.

—          Tu crois que j’ai peur du premier petit puceau qui vient me menacer ? Dégage, j’ai pas de temps à perdre avec les connards de ton gabarit.

—          Je vous laisse jusqu’à demain matin pour aller vous dénoncer à la police. Après ça, tout le monde saura.

L’autre rit de plus belle.

—          Un ultimatum, maintenant ! Plus c’est néophyte, plus c’est merdeux !

Puis, d’une voix forte à destination de sa secrétaire, il ajoute :

—          Hélène, appelez la Police. Qu’ils s’occupent de ce jeune homme.

Et il retourne consulter.

David reste quelques instants interdit.

Puis quitte le cabinet sans un regard vers la belle Hélène.

Il ne voit donc pas la lueur d’inquiétude et de détresse qui s’est allumée dans les yeux de la secrétaire. Peut-être sait-elle quelque chose ? Peut-être a-t-elle deviné quelque chose qui l’aurait empêché de faire une dinguerie malheureuse ?

David ne va pas en rester là.

Il se doute que la voiture est stationnée dans le garage souterrain.

Pas de difficulté pour entrer.

Pas de difficulté non plus pour localiser la bagnole.

Une Porche Cayenne noire, rutilante.

Le jeune homme se faufile dans l’ombre et se joue habilement des caméras de surveillance.

—        Tes putains de caméras ne te protègeront pas de tout…, prévient David, accroupi derrière l’imposant véhicule.

« Très compliquée à trafiquer. À l’inverse de ses concurrents directs, Porches est devenue experte en sécurité. Mais il reste une zone de faiblesse qui ne peut pas être protégée. L’attaque peut être portée à ce niveau. »

David a potassé un tas de vidéos sur le net.

C’est incroyable tout ce qu’on trouve.

Il se glisse sous la voiture et, guidé par la lampe de son smartphone, repère les câbles qui mènent aux freins.

« Attention, la section complète du câble entrainerait automatiquement la mise en sécurité du véhicule et l’impossibilité de démarrer. L’intervention doit être plus subtile. »

Le dessous de la voiture et l’abord des roues est exactement comme indiqué dans la vidéo. Un jeu d’enfant. À l’aide d’une pince, il fait sauter un cache, dévisse un boitier, sectionne un fil, laisse du liquide s’écouler dans un pot – « condition pour ne pas être détectée » – démonte un second boitier, coupe un second fil.

Bonne route, fils de pute.

David accompagne JC aux Urgences mais s’éclipse avant l’arrivée de son père. Il passe au Commissariat pour dénoncer le père de Julie mais s’aperçoit vite que Camille ne peut rien sans plainte déposée par les victimes. Puisque le monde des adultes est impuissant, il va procéder avec sa propre méthode…

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#urgences #porterplaintes #mondedesadultes #mapropreméthode #personnenefaitrien

—QUARANTE et UN—

David regarde JC qui se contorsionne de douleur.

—        Allez viens, je t’emmène aux Urgences.

—        Va te faire foutre, râle l’autre au sol.

—        Ferme ta gueule et ramène-toi.

David l’attrape et le soulève.

—        Me touche pas !

—        Sinon quoi ? Tu vas m’en mettre une ? demande-t-il.

—        Tu m’as démoli la mâchoire.

Parfait, cet abruti n’a rien vu. Pas un moment il imagine qu’une femme ait pu le sécher comme ça.

—        Mais non, ça va aller. On meurt pas d’une pichenette dans la figure.

Il passe un bras de JC autour de son épaule et l’aide à se tenir droit.

—        Fais pas ta victime ! Tiens-toi !

Ils avancent vers la rue.

—        Au fait, elles sont où tes copines ? l’interroge David.

Il ricane.

—        Au moins tu sais que tu peux compter sur elles !

—        Elles ont eu raison de s’enfuir. Avec un taré comme toi !

—        N’exagère pas.

—        Tu me fais mal.

—        Ferme-là. T’avais qu’à pas emmerder Julie.

—        Cette petite salope.

David lui décoche un coup de coude vif dans les côtes.

JC se plie en deux, le souffle coupé.

David le redresse par le col, le visage enflammé, sanguin, prêt à faire une connerie.

—        Ferme ta putain de gueule sale fils de pute !

—        Tu vas me tuer ?

Stupéfait par une telle niaiserie, David se détend d’un coup.

Éclate de rire.

—        Te tuer, toi ! Se serait trop d’honneur.

Et comme s’il lui donnait un conseil d’ami, ajoute :

—        Tu vas voir, ça fait du bien de prendre des coups. Ça fait murir !

—        Très drôle.

—        Ça m’étonne que tu ne m’aies pas encore menacé de représailles par ton père !

—        Tu perds rien pour attendre.

—        Ah, ça te va mieux comme ça.

Un moment, alors qu’il le tient contre lui, David imagine que cette saloperie de facho pourrait avoir une lame et lui en filer un coup.

Mais il sourit.

Pas de risque qu’il en ait le courage.

David hèle un taxi.

Qui s’arrête.

—        J’ai un type qui ne se sent pas bien. Vous pouvez nous conduire aux Urgences ?

—        Appelez une ambulance !

—        Sérieusement ? Non-assistance à personnes en danger !

Le type du taxi accepte de mauvaise grâce.

—        Te fais pas d’idée, c’est pas parce que tu m’emmènes à l’hôpital que je vais passer l’éponge, marmonne Jean-Charles.

—        J’espère bien. Te fais pas d’idées non plus. C’est pas parce que je t’emmène aux Urgences que je vais te rouler une pelle.

Le reste du trajet se déroule en silence.

La radio du taxi diffuse de la musique asiatique.

Pas mal du tout la prod. Il y a quelque chose à faire avec ça.

—        C’est quoi la musique ? demande-t-il au conducteur.

—        J’en sais rien et je m’en branle.

OK.

—        Sympa, merci !

Le type lui balance un regard noir par le rétroviseur intérieur.

—        Votre copain, il a pas vomi ?

—        Non il n’a pas vomi. Mais il a pissé sur la banquette.

—        Putain…

Arrivé devant le service des Urgences de l’hôpital, le taxi s’immobilise :

—        Allez, du balai ! râle le conducteur.

—        Combien ?

—        20 balles. Et 50 pour nettoyer la banquette !

—        Pas question.

David jette un billet et j’aide JC à sortir de la bagnole. Puis il le traine comme un mourant jusqu’aux Urgences.

—        Je déteste l’hôpital public ! t’aurais dû m’emmener à la clinique.

—        Je te dépose où je veux !

—        Je vais prévenir mon père…

—        Tu vas rien faire du tout.

Ils se présentent à l’accueil.

—        Ce garçon s’est fait mal, annonce David.

—        C’est lui qui m’a fait ça, appelez la police s’il vous plait Madame !

—        On va d’abord faire le bilan de vos lésions.

—        Oui, c’est ça, j’ajoute, on va d’abord faire le bilan de tes lésions conasse !

JC disparait derrière une porte.

—        Vous pouvez attendre votre ami dans la salle d’attente ? Merci !

—        Ce n’est pas mon ami.

—        OK, attendez-le ou pas, comme il vous plaira.

#victime #urgences #hôpitalpublic #fermetagueuleconnard

—QUARANTE—

—          Bon, on va considérer que c’est le jour des surprises.

La prof de math a sa tête des mauvais jours.

—          Je… comment dire ?

Elle tient les copies du dernier contrôle.

Correction ultrarapide.

David pense à autre chose.

—          Monsieur LeTailleur.

David ne l’entend pas.

—          LeTailleur !

Cette fois, David réagit.

Qu’est-ce qu’elle veut cette conne ?

—          Je ne sais pas comment vous vous êtes débrouillé. Je suppose que je dois vous féliciter : 20/20.

20 ! Waouh !

Silence impressionnant dans la classe.

—          On va dire que quand vous faites des efforts, les résultats sont saisissants. Vous avez visiblement mieux à faire que des âneries à moto.

Elle ne peut s’empêcher d’ajouter :

—          En tout cas, si vous n’avez pas triché, c’est juste parfait. Si vous avez triché, c’est misérable.

David sent le regard de Julie posé sur lui.

Il se surprend à sourire.

Joyeux.

Un peu fier de lui aussi, il doit bien l’avouer.

—        La deuxième surprise, c’est que la seconde meilleure note, c’est-à-dire celle de Lucas n’est qu’à 13/20. Vous nous avez habitués à tellement mieux !

Elle secoue les autres copies.

—          La moyenne de tout le reste est de 10,5. C’est nul !

Cette annonce rend le 20 de David plus flamboyant encore.

Et l’œil de la prof plus soupçonneux.

Ce qui ne l’empêche pas, à la stupeur de David, de commettre une erreur fatale.

—        Monsieur LeTailleur, visiblement, vous êtes le seul à avoir pu démontrer ce qui était demandé dans l’exercice 6. Faites-nous profiter de vos connaissances, dit-elle en ricanant.

Julie se ratatine sur sa chaise, soudain très crispée.

David retient un sourire. Se lève. Se dirige vers le tableau.

Il prend un feutre et pose l’énoncé.

Puis, d’une voix tranquille et sereine, il développe son raisonnement.

Une joie intense le submerge.

Il voit Julie se redresser et le suivre les yeux brillants de fierté.

Et il observe dans le même temps la prof se décomposer, les traits de son visage s’assombrir, sa mâchoire se contracter.

La démonstration touche à sa conclusion.

Ses camarades notent.

Il explique.

Et termine.

Julie applaudit, malgré elle.

Les autres ne savent pas trop quoi penser.

–           Voilà, jubile David.

–           Vous pouvez aller vous assoir, marmonne la prof de mauvaise grâce.

Elle vient de se prendre un râteau mémorable.

—        Merci David, lui glisse Anaïs en fin de cours. Je n’avais rien compris. Ta démonstration était super claire !

Elle s’éloigne les joues rouges, tremblantes d’avoir osé lui parler.

—        Bien joué.

Julie l’a rejoint dans le couloir.

—        La gueule de la prof ! Énorme ! le félicite Noah.

—        Comment t’as fait ça ? demande Julie.

—        Insomnie.

—        Tu fais des maths quand tu ne dors pas ? Ça marche ?

—        La preuve !

—        Je ne suis pas certaine de m’y mettre !

David remarque qu’elle est nerveuse :

—        Ça va ?

—        Oui.

—        Tu es sûre ?

—        Laisse tomber David, t’es chiant.

—        Pourquoi tu es méchante ?

—        T’es devenu psy depuis que tu sautes les barrières ?

David s’éloigne en haussant les épaules.

Pourtant quelque chose le retient.

Une intuition.

Il se retourne et observe Julie.

Un groupe de jeune la rejoint.

Un garçon et deux filles.

Il ne les reconnaît pas d’où il est.

Il se passe un truc.

Bien sûr Julie ne veut pas qu’il se mêle de ses histoires.

Bien sûr.

N’empêche.

Il les suit de loin.

Les regardes disparaître derrière le mur d’enceinte du lycée.

Il les rattrape, s’approche discrètement.

Des éclats de voix.

Il discerne alors Jean-Charles, avec son faciès de rat et sa tonalité chevrotante.

—        On t’avait prévenu !

—        Parce que tu croyais que j’allais renoncer ? Tu ne me connais pas encore, depuis le temps que tu m’espionnes ?

—        On t’a donné ta chance.

—        Ma chance ! Tu te prends pour qui pour me donner une chance ?

Julie lui cracha au visage.

Ça sent les embrouilles.

—        T’es cuite. Toi et ton père. Tous les deux ! crie Jean-Charles les traits déformés par la colère.

Et il accompagne ses paroles d’un geste circulaire sous la gorge.

Un geste assez équivoque.

David se retient d’intervenir.

Il a reconnu les deux filles. Elles sont dans la classe de Thomas et Élaine. Klara et Hélia. Des putains de bourges.

De quoi ils parlent ?

De quoi la menacent-ils ?

Il aurait pu facilement l’imaginer : une défenseuse des femmes harcelées et trois fascistes.

Mais David est trop occupé à surveiller Julie.

Prêt à intervenir.

—        Je n’ai pas peur de vous. D’ailleurs, personne n’a peur de vous. Vous êtes les lâches !

Julie, ferme-là !

­—        Tu devrais mesurer tes paroles, grimace JC.

—        Tu vas me frapper ? Je ne vois pas tes potes !

—        Il n’y aura pas de dernier avertissement.

—        Il n’y aura pas de dernier avertissement, répète Julie en imitant la voix chevrotante.

Et là, probablement galvanisé par la présence de ses deux poufs, JC, blême de rage, ne se contrôlant plus, allonge la main sur Julie. Ou plutôt tente d’allonger la main sur Julie.

Parce qu’aussitôt le ciel déchaine ses foudres.

La jeune fille pare le coup d’un mouvement sec et lance un terrible crochet qui fracasse la mâchoire du jeune merdeux. JC s’effondre comme un château de cartes vermoulu. Mais avant qu’il ait eu le temps de toucher le sol, la bouche pleine de sang, le genou de Julie le percute au niveau des côtes et le fait hurler.

Elle a réagi d’instinct par la séquence classique du parer/frapper en Kravmaga.

David bondit et retient Julie à temps pour éviter qu’elle achève JC d’un coup de pied dans l’abdomen.

Klara et Hélia, les yeux grands ouverts de frayeur, la bouche figée, restent paralysées de terreur.

—        Mon Dieu…, bafouille la première.

—        Jean-Charles, se lamente la seconde.

—        Laisse ton Dieu où il est, gronde David. Il n’y a plus personne pour vous défendre.

Les deux filles se rapprochent et se serrent dans un réflexe de sauvegarde. Dans deux minutes, elles vont tenter de se cacher l’une derrière l’autre. Pauvres gourdes misérables.

—        On n’y est pour rien, gargouille Klara.

—        Cassez-vous !

Elles détalent sans demander leur reste.

Julie regarde David.

—        Tu fais chier David. Qu’est-ce que tu fous là ?

David ouvre la bouche pour répondre, mais elle reprend la parole avant lui.

—        J’ai pas  que tu me surveilles !

—        Tu crois ça ?

Elle se dresse devant lui.

— Tu as vu ce bordel ? lui dit-il.

Elle le pousse des deux mains.

—        J’ai pas besoin de toi !

David résiste.

—        Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Tu vas aller en prison ?

Elle ne répond rien.

Elle se mord la lèvre.

Il pose la main sur son épaule et l’éloigne en murmurant :

—      Rentre chez toi, je m’occupe de tout ça.

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